Guide pratique · Approfondi
Traduction assermentée : pourquoi nous ne convertissons jamais vos montants d’une devise à une autre
« Pouvez-vous mettre le solde en dollars ? » « L’ambassade veut les montants en euros. » Nous entendons ces phrases presque chaque jour. Notre réponse ne varie pas : non.

Chez AFTraduction, nous traduisons quotidiennement des documents financiers : relevés bancaires, attestations de solde, bulletins de salaire, factures, bilans. Beaucoup de clients nous demandent, au moment de la commande, de faire apparaître les montants dans une autre monnaie : du dollar vers l’euro, de l’euro vers le dollar, parfois vers une autre devise.
La demande se comprend : une banque, une université, un consulat ou une préfecture attend souvent un chiffre lisible au premier coup d’œil. Mais ni le client ni, souvent, l’organisme qui exige ce chiffre ne mesurent ce que la conversion ferait à une traduction assermentée : elle modifierait le contenu du document que le traducteur certifie conforme. Voici pourquoi nous refusons, et ce que nous proposons à la place.
La réponse courte
Non, un traducteur assermenté ne convertit pas les montants d’un document. Il les traduit dans la devise de l’original, au centime près, parce qu’il certifie la conformité de sa traduction avec ce document. Un montant converti n’existe pas dans l’original : l’ajouter reviendrait à altérer la pièce.
Ce que le traducteur peut faire, s’il le juge utile, c’est ajouter une note indiquant le taux de change de référence publié le jour de la traduction, avec sa source. L’organisme destinataire dispose alors d’un repère daté et fait lui-même la conversion, sous sa responsabilité.
En clair, le traducteur ne touche pas aux chiffres.
Pourquoi on nous demande de convertir
Derrière la demande du client, il y a parfois l’organisme qui recevra la traduction. Un établissement peut fixer un seuil de ressources en euros, un service de visas attendre un solde en dollars, une banque comparer un revenu étranger à ses propres barèmes. Le client transmet la consigne au traducteur, en toute bonne foi.
Les documents concernés sont toujours les mêmes :
- relevés de compte et attestations de solde ;
- bulletins de salaire et attestations d’employeur ;
- factures, devis et contrats chiffrés ;
- bilans, comptes de résultat et rapports annuels.
Ces documents servent tous à prouver un fait : une somme disponible, un revenu, une dette, une activité. Leurs chiffres ne doivent donc pas bouger d’un centime entre l’original et la traduction.
Ce que certifie un traducteur assermenté
Le traducteur assermenté porte le titre d’expert traducteur près une cour d’appel. Avant d’exercer, il prête le serment prévu à l’article 6 de la loi n° 71-498 du 29 juin 1971 : « Je jure d’accomplir ma mission, de faire mon rapport et de donner mon avis en mon honneur et ma conscience. »
En dehors des tribunaux, ce serment trouve son prolongement dans la traduction certifiée. L’UNETICA, l’Union nationale des experts traducteurs interprètes près les cours d’appel, la décrit ainsi : « Le traducteur appose son cachet et sa signature sur la traduction et sur l’original pour certifier ne varietur la conformité de la traduction avec l’original. » La même page rappelle que « le traducteur expert doit respecter un code de déontologie très strict ».
Notre cachet atteste que la traduction dit exactement ce que dit l’original. Il ne garantit ni une analyse ni un calcul. La mention ne varietur, « qu’il ne soit rien changé », fixe le couple original-traduction tel qu’il a été certifié.
Les codes de la profession vont dans le même sens. Le code de déontologie de la Société française des traducteurs (SFT) pose deux principes qui répondent directement à la question :
- Fidélité : « Le traducteur s’engage à travailler dans les règles de l’art en restituant fidèlement le message du document qui lui est confié. »
- Indépendance face au donneur d’ordre : « Le traducteur ne peut accepter des directives d’un donneur d’ouvrage ou d’un employeur susceptibles de constituer un manquement au présent Code de déontologie. »
Ce second principe règle le cas où le client insiste. La consigne de convertir, même légitime de son point de vue, est une directive que le traducteur doit refuser.
Côté entreprises, AFTraduction est membre de la Chambre nationale des entreprises de traduction (CNET). Son code de déontologie engage chaque société adhérente à « se conformer aux lois françaises », à « ne pas accepter de réaliser un projet qui pourrait porter atteinte à sa dignité, à celle de la CNET ou plus largement, au secteur de la traduction », et à « conseiller et guider son client ». C’est exactement ce que nous faisons en refusant la conversion.
Convertir un montant, c’est altérer le document
Aucun texte ne dit en toutes lettres « le traducteur ne convertit pas les devises ». L’interdiction découle du serment, de la certification de conformité et du devoir de fidélité. Dans les faits, voici ce qui pose problème.
Le montant converti n’existe pas dans l’original
Un relevé émis par une banque marocaine indique un solde en dirhams. Si la traduction affiche ce solde en euros, elle contient un chiffre que la banque n’a jamais écrit. Le cachet du traducteur certifierait alors conforme une information qui ne figure pas sur la pièce. Ce n’est plus une traduction fidèle.
Un taux de change n’est vrai qu’un jour
La Banque centrale européenne publie ses taux de référence de l’euro chaque jour ouvré, vers 16 h, heure d’Europe centrale, et le chiffre d’aujourd’hui ne sera pas celui de demain. Pour convertir, le traducteur devrait donc choisir : le taux du jour du relevé ou celui du jour de la traduction ? Le taux officiel ou celui de la banque du client ? Le cours d’achat ou de vente ?
Chacun de ces choix change le résultat, et aucun ne relève de la traduction. C’est un travail d’analyse financière, et c’est à l’organisme destinataire de fixer la règle qu’il applique.
La certification couvre tout le document
Un seul chiffre converti suffit à faire douter de tous les autres. Le lecteur ne sait plus ce qui vient de l’original et ce que le traducteur a ajouté. La conformité de l’ensemble est remise en cause, et avec elle la valeur de la traduction devant l’administration.
Le droit pénal rappelle d’ailleurs l’enjeu. L’article 441-1 du Code pénal définit le faux comme « toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit » ayant pour objet ou pour effet d’établir la preuve d’un droit ou d’un fait. Un traducteur qui convertit de bonne foi n’a pas d’intention frauduleuse. Mais un relevé bancaire ou un bulletin de salaire est justement un écrit qui prouve un fait : c’est la dernière pièce sur laquelle un expert prendrait le risque d’altérer un chiffre. Pour mesurer ce qui est en jeu, voyez notre article sur la responsabilité pénale et civile du traducteur assermenté.
Ce que nous proposons : une note avec le taux du jour
Nous ne laissons pas pour autant le client sans solution. À sa discrétion, le traducteur peut ajouter une note du traducteur en bas de page. Elle n’ajoute aucun montant : elle donne un repère daté et sourcé qui permet à l’organisme destinataire de convertir lui-même.
Voici, à titre d’exemple, la note que nous ajouterions à un relevé en dollars américains traduit le 26 octobre 2026 :
Note du traducteur : à titre indicatif, le taux de référence de l’euro publié par la Banque centrale européenne le 26 octobre 2026 était de 1 EUR = 1,1188 USD. Les montants de la présente traduction restent exprimés dans la devise du document original.
Une note utile contient toujours quatre éléments :
- la date du taux, qui est celle de la traduction ;
- la source officielle qui l’a publié ;
- le taux lui-même, sans aucun montant converti ;
- le rappel que les montants traduits restent dans la devise d’origine.
Nous citons la BCE parce que ses taux sont faits pour cet usage : la banque centrale précise qu’ils sont « published for information purposes only », publiés à titre d’information seulement. La Banque de France reprend ces taux de référence de source BCE.
La BCE ne cote pas toutes les monnaies. Sa liste ne comprend ni le dirham marocain, ni le dinar algérien, ni le dinar tunisien. Pour ces devises, la note cite la banque centrale du pays d’émission. Au Maroc, Bank Al-Maghrib publie chaque jour, à 16 h 15, le cours de change de référence du dirham face aux principales devises. C’est le cas le plus fréquent pour nos traductions assermentées depuis l’arabe.
Cette note n’est pas systématique. Vous pouvez la demander au moment de la commande ; le traducteur l’ajoute s’il l’estime pertinente pour le document.
La meilleure solution : un document émis dans la bonne devise
Si l’organisme exige un montant en euros, la source la plus sûre reste l’émetteur du document. Certaines banques acceptent d’établir une attestation de solde exprimée dans une autre devise que celle du compte. Le chiffre est alors écrit par la banque, sous sa responsabilité. Nous le traduisons tel quel, sans conversion, et la traduction reste fidèle.
Avant de commander votre traduction, nous vous conseillons de procéder dans cet ordre :
- Demandez à l’organisme destinataire s’il exige une devise précise et quel taux il applique.
- Si une devise est exigée, demandez à votre banque une attestation libellée dans cette devise.
- Si votre banque ne le permet pas, faites traduire le document tel qu’il est et demandez-nous la note du taux du jour.
- Joignez à votre dossier l’original, ou sa copie, avec la traduction assermentée.
Pour la commande, envoyez-nous un scan net de chaque page : un montant mal lisible sur une photo floue ne peut pas être traduit avec certitude. Voyez pourquoi nous vous demandons un scan net de votre document.
Cette démarche peut demander un peu plus de temps, mais elle évite un refus de dossier pour une traduction dont l’administration ne pourrait pas vérifier les chiffres.
Questions fréquentes
Un traducteur assermenté peut-il convertir des euros en dollars sur un relevé bancaire ?
Non. Il traduit les montants dans la devise du document original, sans conversion. Il certifie la conformité de sa traduction avec l’original, et un montant converti n’y figure pas. Il peut en revanche ajouter une note indiquant le taux de change de référence du jour.
Quel taux de change le traducteur indique-t-il dans sa note ?
Le taux de référence publié le jour de la traduction par une source officielle : la Banque centrale européenne pour les devises qu’elle cote, la banque centrale du pays d’émission pour les autres, comme Bank Al-Maghrib pour le dirham marocain. La note donne la date, la source et le taux, jamais un montant converti.
La note de taux de change est-elle obligatoire ?
Non. Elle est facultative et laissée à l’appréciation du traducteur. Vous pouvez la demander au moment de la commande.
L’administration exige un montant en euros. Que faire ?
Demandez d’abord à votre banque une attestation établie directement en euros, si elle le permet. Nous la traduirons telle quelle. À défaut, faites traduire le document d’origine avec une note du taux du jour : l’administration fera la conversion selon ses propres règles.
Le traducteur peut-il corriger une erreur de calcul dans l’original ?
Non. Il traduit le document tel qu’il est, erreurs comprises. S’il relève une incohérence, il peut la signaler dans une note du traducteur, sans toucher au chiffre.
La règle vaut-elle aussi pour une traduction non assermentée ?
Chez AFTraduction, oui. Tous nos traducteurs, assermentés ou non, s’abstiennent de convertir un montant, y compris pour une traduction certifiée par l’agence. Une traduction, certifiée ou non, doit dire ce que dit le document source.
Un document financier à faire traduire ?
Nos traducteurs experts près les cours d’appel traduisent vos relevés, attestations de solde, bulletins de salaire, factures et bilans dans la devise de l’original, au centime près. Si l’organisme destinataire attend un repère en euros ou en dollars, signalez-le dès la commande : nous vous dirons s’il vaut mieux demander un nouveau document à votre banque ou ajouter une note du taux du jour.
Demandez un devis gratuit, ou commandez directement la traduction de votre relevé bancaire en ligne.
Pour aller plus loin
Sources et références
- Loi n° 71-498 du 29 juin 1971 relative aux experts judiciaires (Légifrance)
- Cour d’appel de Limoges : prestations de serment à la cour d’appel (texte du serment des experts)
- Code pénal, article 441-1 (Légifrance)
- UNETICA : foire aux questions
- Société française des traducteurs : code de déontologie
- Chambre nationale des entreprises de traduction : normes et déontologie
- Banque centrale européenne : Euro foreign exchange reference rates
- Banque de France : taux et cours
- Bank Al-Maghrib : cours de change de référence du dirham
Un document à traduire ?
Envoyez-le-nous : devis gratuit en 2 h environ.
