La diglossie arabe et l’interprétation représentent une problématique aussi fascinante que complexe, souvent méconnue en Occident où la langue arabe est perçue comme une entité monolithique. Cette coexistence de deux niveaux de langue, l’arabe littéraire et les dialectes parlés, n’est pas une simple curiosité académique ; elle constitue un défi fondamental dans le contexte sensible du milieu social.

diglossie arabe et interprétation professionnelle

L’impact de la diglossie arabe sur l’interprétation en milieu social

Cette situation diglossique crée un véritable champ de mines pour l’interprète, dont la mission est d’assurer une communication fluide et fidèle, particulièrement en milieu social.

A. Le contexte de l’interprétariat en milieu social : La vulnérabilité au centre

L’interprétariat en milieu social (IMS) n’est pas une négociation commerciale. Il se déroule dans des contextes à forte charge émotionnelle et à enjeux humains critiques : demande d’asile, consultation médicale, suivi psychologique, procédure judiciaire. Le bénéficiaire, souvent fragilisé et en situation de stress, s’exprimera naturellement et exclusivement dans son dialecte maternel, avec son registre de langue, ses expressions idiomatiques et son bagage émotionnel. Il ne maîtrisera que très rarement l’arabe littéraire.

B. Le défi de la transposition dialectale : L’angle mort du métier

Ici réside le nœud du problème. Nos coordinateurs de projets d’interprétariat sont témoin directs des écueils de cette situation. Le prestataire (médecin, assistant social) demande un « interprète arabe », pensant solliciter une compétence unique. Or, l’interprète, bien que formé à l’arabe littéraire, peut se retrouver face à un dialecte qu’il ne maîtrise que partiellement, comme le soudanais ou le yéménite. L’interprétation des dialectes arabes requiert donc une compétence spécifique qui va bien au-delà de la formation académique classique.

Le dilemme de la fidélité devient alors aigu. Faut-il restituer en français le propos dans un registre formel, trahissant ainsi l’oralité et le niveau de langue de l’interlocuteur ? Ou faut-il conserver cette couleur dialectale, au risque de paraître moins « sérieux » aux yeux du professionnel francophone ? C’est un exercice d’équilibriste constant, où la moindre erreur peut avoir des conséquences graves.

diglossie arabe et interprétariat

En définitive, l’interprétariat en contexte de diglossie arabe est l’une des disciplines les plus exigeantes du métier. Elle requiert une agilité intellectuelle, une profondeur culturelle et une force psychologique que la seule formation académique ne saurait garantir. La sélection d’un professionnel ne peut donc se limiter à un critère aussi vague que « parle arabe ». Elle doit se fonder sur une compréhension fine de son champ de compétence dialectale et de son expérience en milieu social. Faire le choix d’un tel expert n’est pas une simple commodité ; c’est un impératif éthique et une garantie pour la réussite d’une communication humaine et juste.